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Scène
1
Eléazar, le jeune Maccabée, Choeur
d'Israélites
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Eléazar:
Dans quel gouffre de maux, dans quelle horrible
peine,Israël, te vois-tu réduit ?
Un ennemi cruel t'accable et te poursuit:
Rien ne peut adoucir sa rigueur inhumaine;
Le sang coule partout, le temple est
profané,
Les prêtres fugitifs, le peuple
consterné,
Tout pleure, tout languit, et jusqu'au
sanctuaire,
Ce lieu si saint, si redouté,Au pouvoir
maintenant d'un vainqueur
téméraire,
Gémit dans la captivité.
Dieu d'Israël, dieu de nos pères,
Arrête ton courroux, et finis nos
misères.
Chur
d'Israélites:
Dieu d'Israël, dieu de nos pères,
Arrête ton courroux, et finis nos
misères.
Le jeune
Macchabée:
Ah ! Quel excès de maux, d'abominations
!
De la sainte cité, pleurons la
destinée;
Hélas ! Elle languit, esclave
infortunée,
Sous le barbare joug des autres nations.
Eléazar:
Respectons, respectons la justice divine;
Nos péchés attirent son courroux.
Et si Dieu permet notre ruine,
Il ne faut en accuser que nous.
Le jeune
Macchabée:
Étrange aveuglement ! Funeste
idolâtrie !
Une main criminelle, en cet auguste lieu,
Vient de placer sur l'autel du vrai dieu,
De Jupiter le simulacre impie.
Mourons, ou pour venger ces profanations,
Et de l'autel, le sacré
privilège,
Renversons cet idole aux yeux des nations:
C'est trop longtemps souffrir leur affreux
sacrilège.
Contre ces crimes, laisse agir ton courroux.
Que ton bras, dieu vengeur, s'arme ici du
tonnerre
Pour punir la rigueur qu'ils exercent sur nous,
De ces audacieux, viens délivrer la
terre;
Et puisque leur fureur te déclare la
guerre,
Qu'ils tombent expirants, sous l'effort de tes
coups.
Chur
d'Israélites:
De ces audacieux, viens délivrer la
terre;
Et puisque leur fureur te déclare la
guerre,
Qu'ils tombent expirants, sous l'effort de tes
coups.
Eléazar:
Loin de songer à ces vengeances,
Il faut souffrir sans murmurer,
Dieu nous ordonne d'endurer
Et les affronts, et les offenses.
Le jeune
Macchabée:
Au milieu des tourments, sans espoir, sans
défense,
Mes six frères déjà
languissent dans les fers.
N'attendons pas qu'une injuste puissance
Ajoute d'autres maux à ceux qu'ils ont
soufferts.
Courrons, volons à la vengeance.
Que les tyrans succombent sous nos coups
Et pour punir qui nous offense
Suivons les mouvements d'un trop juste
courroux.
Eléazar:
Demandons à Dieu, par nos larmes,
Qu'il daigne finir nos malheurs.
Nous obtiendrons moins par les armes,
Que par la prière et les pleurs.
Chur
d'Israélites:
Demandons à Dieu, par nos larmes,
Qu'il daigne finir nos malheurs.
Nous obtiendrons moins par les armes,
Que par la prière et les pleurs.
Le jeune
Macchabée:
Mais qu'aperçois-je, hélas ?
Jusque dans ce saint lieu,
L'impie Antiochus porte un pied
téméraire !
Veut-il par sa présence insulter au vrai
dieu ?
Y vient-il assouvir sa rage sanguinaire ?
Eléazar:
D'un impitoyable vainqueur,
N'attendons rien d'autre que de funeste.
Faisons notre devoir, sans craindre sa rigueur,
Et dieu disposera du reste.
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Scène
2
Antiochus, Menelaus, Eléazar, le jeune
Macchabée, Choeur d'Israélites, Suite
et gardes d'Antiochus.
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Menelaus:
Rien ne s'oppose plus, seigneur, à vos
désirs.
Tout cède à l'effort de vos
armes;
Et l'on voit régner les plaisirs,
Où régnaient autrefois le trouble et
les alarmes.
Vous triomphez, , malgré sa
résistance;
Et de vos plus fiers ennemis,
Vous avez abattu l'orgueil et la constance.
Ce peuple si superbe à vos lois est
soumis.
Après tant de travaux guerriers,
Venez vous délasser dans les bras de la
gloire.
Ah ! Qu'il est doux, à l'ombre des
lauriers,
De goûter en repos les fruits de la
victoire.
Antiochus:
Mon bonheur, il est vrai, surpasse mon espoir.
Mais je ne puis souffrir qu'un reste de
rebelles,
Sous le voile apparent d'être à leur
dieu fidèles,
Méprisent Jupiter, et bravent mon
pouvoir.
Qu'on adore le dieu qui lance le tonnerre:
Faites partout fumer l'encens sur ses autels.
Il est maître du ciel, je le suis de la
terre:
Offrez-nous le tribut qu'on doit aux immortels.
Le jeune
Macchabée:
Ah ! Quelle barbarie !
Que d'orgueil, que d'impiété !
Antiochus:
Chacun doit suivre cette envie,
Et céder à ma volonté,
Ou s'apprêter à payer de la vie
L'excès de sa
témérité.
Eléazar:
L'autorité des rois a des bornes
prescrites.
Ils peuvent en tyran immoler leurs sujets,
Employer nos trésors à d'injustes
projets,
Et franchir à leur gré les plus
saintes limites;
Mais quel que soit l'effort d'un orgueilleux
pouvoir,
Il ne s'étend point jusqu'à
l'âme.
Et celui qu'un vrai zèle enflamme,
Ne trahit jamais son devoir.
On s'acquiert ici-bas une illustre
mémoire
Quand on meurt en servant sa patrie et son roi;
Mais on s'assure au ciel d'une éternelle
gloire,
Quand on meurt pour son dieu, pour son culte et sa
loi.
Antiochus:
Es-tu si las de vivre, insensé,
téméraire ?
N'excite point ma fureur contre toi.
L'encensoir à la main, songe à me
satisfaire:
Ma volonté te doit servir de loi.
Eléazar:
Je n'adore qu'un dieu, c'est lui seul qui
m'enflamme,
Lui seul doit recevoir nos vÅux, et
notre encens.
On ne me verra point, dans mes vieux ans,
Pour épargner ce corps, trahir ainsi mon
âme.
Antiochus:
Tu mourras donc perfide.
Eléazar:
Oui, je mourrais content:
Vous pouvez m'immoler dans cet auguste temple.
Trop heureux, si je puis, seigneur, par mon
exemple,
Raffermir dans la foi le peuple qui m'entend.
Deux
Israélites:
Dans le péril qui nous menace,
Vivez, soyez nos secours.
Déjà le sang dans vos veines se
glace,
Feignez du moins pour conserver vos jours.
Eléazar:
Ma vie, hélas, n'est pas si
précieuse.
Que dirait-on de moi, si dans l'âge où
je suis,
Accablé d'ans, de faiblesse et d'ennuis,
J'évitais par la feinte une mort glorieuse
?
Si je suivais vos conseils trop humains,
Je souillerais mon nom d'une tache trop noire:
Non, c'est Dieu qui m'anime; il y va de sa
gloire:
Pour m'ébranler, tous vos efforts sont
vains.
Deux
Israélites:
Hélas ! Que nous sommes à plaindre
!
Dissimuler un peu, n'est pas trahir sa foi.
Pour nous sauver, contraignez-vous à
feindre.
Eléazar:
Cette feinte est indigne et de vous, et de moi.
Tout Israël croirait, et j'en frémis
encore,
Que j'aurais lâchement abandonné les
miens;
Et de la loi de dieu, que sans cesse j'adore,
Passé honteusement à celle des
païens,
Il faut donner à la jeunesse
Un exemple de fermeté,
Qui puisse être un jour imité;
Et ne pas souiller ma vieillesse
Ni démentir tant de sagesse,
Par une horrible impiété.
Antiochus:
Qu'il meure !
Le jeune
Macchabée:
Ah ! Juste ciel !
Antiochus:
Qu'on l'arrache du temple !
Qu'un prompt trépas réponde à
sa témérité;
Et puisqu'il veut servir d'exemple,
Qu'il en soit un affreux de ma
sévérité.
Eléazar:
J'avais encore si peu de temps à vivre,
Que de mes faibles jours,
Je verrai dans regret trancher le triste cours.
Le jeune
Macchabée:
Le ciel m'ordonne de vous suivre.
Je crains peu de la mort les funestes horreurs:
Je marche sur vos pas. Si vous mourez, je
meurs.
Eléazar:
Seigneur, dont la sainte science
Pénètre jusqu'au fond des
cÅurs,
Fais du mien, parmi les douleurs,
Un modèle de patience.
Si mon corps affaibli souffre dans ces moments
De quelques maux la rude atteinte,
Mon âme trouvera mille et mille
agréments
De les endurer pour ta crainte.
Antiochus:
Qu'on l'ôte de mes yeux !
Qu'on entraîne à la mort ce jeune
audacieux.
Que ses frères, et lui, pour expier leurs
crimes,
Éprouvent la rigueur des bourreaux
furieux
C'est par des semblables victimes
Que l'on peut apaiser la colère des
dieux.
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Antiochus:
Mais déjà l'on s'apprête
à commencer la fête
Qu'en l'honneur de Bacchus, de couronnes
ornés,
Célèbrent à l'envi, nos
peuples fortunés.
La troupe dans ces lieux s'avance.
Il est temps que chacun révère sa
puissance.
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Scène
3
Antiochus, Suite d'Antiochus, Choeur et troupe
de sacrificateurs de Bacchus.
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Choeur:
Chantons Bacchus et ses attraits.
Premier
Assistant:
Chantons Bacchus et ses attraits.
Ah ! Que son empire a de charmes.
Exempt de soucis et d'alarmes,
On n'y respire que la paix.
Choeur:
Chantons Bacchus et ses attraits.
Deuxième
Assistant:
Que Cérès et Bacchus, toujours
d'intelligence,
Surpassent nos plus doux souhaits.
Qu'ils versent dans ces lieux une heureuse
abondance.
Qu'ils nous comblent de leurs bienfaits.
Choeur:
Chantons Bacchus et ses attraits.
Ah ! Que son empire a de charmes.
Exempt de soucis et d'alarmes,
On n'y respire que la paix.
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