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Samson et Dalila
peinture de Jean-François Amand [1730 - 1769]


CANTO PRIMO

CHANT I

Sinfonia

Sinfonia

Testo:
Già dalla fiamma ultrice
divampata la messe, il filisteo
le ceneri fumanti
impastava col pianto, e ne facea
mensa di lutto a deplorabil fame:
mentre dianzi sconfitta
l'oste nemica il nazareo Alcide
con osso vil scrivea
su l'ali de la Fama i suoi trionfi,
e ne portava il grido a l'auree stelle;
quando lieto Israelle
mercè di lui da servitù redento
fe' con simil concento
di sue glorie intonar voce festiva.

Récitant:
La flamme vengeresse avait déjà
brûlé la moisson et le Philistin
pétrissait les cendres fumantes
avec ses larmes, pour en faire
un repas funèbre dans cette horrible famine.
Ayant vaincu et mis en déroute
l'armée ennemie, l'Alcide de Nazareth,
avec une simple mâchoire d'âne,
écrivait ses triomphes sur les ailes de la Renommée,
faisant retentir sa gloire jusqu'aux étoiles dorées.
Alors Israël se réjouit,
car il avait été racheté grâce à lui,
et fit entonner d'une voix joyeuse
un chant de louange à sa gloire.


Coro d'Israeliti:
Viva, viva, viva, viva,
viva il duce delle schiere:
viva il fulmine di morte,
vive il forte, viva, viva.

Uno del Coro:
Alla chioma trionfante
sfrondi il Libano gli allori,
e corona de' suoi fiori
tessa Gerico festante.
S'oggi libero, e baccante
te ne scorri, o bel Giordano,
dal vigor de la sua mano
questa gloria a te deriva.


Coro:
Viva, viva, viva, viva, [etc...]

Choeur d'Israélites:
Vive, vive, vive, vive:
vive le chef des armées,
vive la foudre meurtrière,
vive le fort, vive, vive.

Solo du Choeur:
Que le Liban élague ses lauriers
pour décorer sa cheveleure triomphante;
que Jéricho en fête
tisse une couronne de ses fleurs.
Si aujourd'hui tes eaux coulent
libres, bouillonnantes, ô beau Jourdain,
c'est de la vigueur de sa main
que tu tires cette gloire.


Choeur:
Vive, vive, vive, vive: [etc...]

Sansone:
Cessate, amiche genti;
non è Sansone, è il Cielo,
è la destra di Dio, ch'opra portenti.

Fu sovrana pietà,
s'a respirar tornate
aure di libertà;
se i nemici atterrate,
questo del valor mio
pregio non è, quello che vince, è Dio.

Samson:
Cessez, peuples amis;
ce n'est pas Samson, c'est le Ciel,
c'est la droite de Dio qui opère des merveilles.

C'est par souveraine bienveillance,
si vous respirez à nouveau
une brise suave de liberté;
si vous avez renversé vos ennemis,
ce n'est pas à cause de mon mérite,
car celui qui triomphe, c'est Dieu.

Uno del Coro:
Alle stelle militanti
su su dunque rivolgiamo
nostre lodi, e nostri canti:
e più cauto il cor devoto
renda al Ciel le proprie glorie.

Solo du Choeur:
Tournons donc
vers les étoiles militantes
nos louanges et nos chants;
et que notre coeur dévoué, avec sagesse,
rende désormais gloire au Ciel.

Coro:
Viva il Dio de le vittorie.

Choeur:
Vive le Dieu des victoires.


Sansone:
Ma qual bellezza ammiro !
E luce de la terra, o pur del Cielo,
questa, ch'il sen mi bea ?

Samson:
Mais quelle est donc cette beauté ?
Est-ce une lumière terrestre, ou bien céleste,
qui vient ainsi réjouir mon coeur ?

Dalila:
E donna, è tua nemica, è filistea.
Ma, che dissi ? Il rossore,
che le gote mi vela,
accusando il mio core,
smente le mie parole:
tua serva, e non nemica, Amor mi vole.

Dalila:
C'est une femme, c'est ton ennemie,
c'est une Philistine. Mais qu'ai-je dit ?
Cette rougeur qui vient colorer mes joues
dévoile le fond de mon coeur,
dévisage le sens de mes paroles:
l'Amour fait de moi ta servante et non ton ennemie.

Sansone:
Che sento, oh Dio, che sento !
A penoso cimento
sfidi, o donna, il mio petto.
Taanta bellezza inchino:
si gran dono è sospetto:
nemica io non ti bramo:
amante io non ti credo;
misero, che faro ? Resisto, o cedo ?

Quel tuo labbro, che pace promette,
cruda guerra bandische al mio cor.
Quel tuo guardo, che vibra saette,
porta seco la morte, e l'orror.

Samson:
Quoi donc, mon Dieu, qu'est-ce que j'entends ?
Femme, tu défies mon coeur
à un combat redoutable.
Je m'incline devant une telle beauré;
un don aussi grand me paraît suspect:
je ne souhaite pas t'avoir pour ennemie,
et je ne puis croire à ton amour.
Hélas ! que vais-je faire ? Résister ou céder ?

Tes lèvres, qui promettent la paix,
annoncent à mon coeur une guerre terrible.
Ton regard, vibrant d'étincelles,
porte avec lui l'horreur et la mort.

Dalila:
Dunque si sventurata
Dalila si vedrà,
che, donando il suo amor, sarà sprezzata ?
Infelice mio cor, che speri più ?
Offerisci al tuo tiranno
pace, amor, bellezza, e fede,
e l'offerta in te si crede
frode rea, maligno inganno.
Che farai ?
Piangerai l'empia tua sorte
finirai con la tua morte
cosi dura servitù.
Infelice mio cor, che speri più ?

Dalila:
On verra donc Dalila
si malheureuse, récolter
le mépris en réponse à son amour ?
Pauvre coeur, qu'espères-tu encore ?
Tu offres à ton tyran
la paix, l'amour, la beauté et la fidélité,
et cette offrande est reçue comme
une infâme tromperie, un piège horrible ?
Que vas-tu faire ?
Tu pleureras sur ton sort cruel
et mettras fin par la mort
à un esclavage si dur .
Pauvre coeur, qu'espères-tu encore ?

Sansone:
Taci, o donna; mi rendo:
non più; duo luci belle
han per farm' impazzir, forza di stelle.

Deh bella raffrena,
raffrena il dolor,
e spera serena
la calma al tuo cor.
Che non fan dogliosi carmi,
che non ponno occhi piangenti ?
Se le stille, ognor cadenti
a piagar bastano i marmi.

Samson:
Tais-toi, ô femme; je me rends:
plus jamais ! Tes beaux yeux, tes deux étoiles,
ont le pouvoir de ma faire perdre la tête.

Ma belle, retiens donc,
retiens ta douleur,
espère sereinement
la paix pour ton coeur.
Que ne peuvent les plaintes douloureuses,
que ne peuvent des yeux en pleurs ?
Les larmes mêmes, en tombant sans cesse,
finissent par creuser le marbre.

Dalila:
Degno Amor, quanto stringenti
sono i lacci imprigioni;
s' anco a vincere i Sansoni
son duo lagrime possenti.

Dalila:
Amour tout-puissant, qu'ils sont forts
les liens par lesquels tu étreins,
puisque pour vaincre un Samson
quelques larmes ont suffi.


Testo:
Nel capitano ebreo
tanto puote l'incanto
di maga allettatrice,
che il tramuto di trionfante in vinto.
Ma pur del tutto estinto
il rimoso d'onore in lui non era;
onde Senso, e Ragione
con rabbiosa tenzone
presero combattenti
a ligitar del l'alma in questi accenti.

Récitant:
Le chef des Juifs
fut entièrement soumis au pouvoir
de séduction de cette magicienne:
de vainqueur qu'il était, le voici vaincu.
Mais le sens de l'honneur, chez lui,
n'était pas complètement éteint;
c'est pourquoi la Passion et la Raison,
dans une lutte sans merci,
engagèrent une terrible bataille
dans son esprit, en ces termes:


Ragione:
Sanson, dove trascorri
dietro beltà mortale,
ch'è fior caduco, e frale ?

Raison:
Samson, où vas-tu donc,
entraîné par cette beauté mortelle,
par cette fleur fragile et éphémère ?

Senso:
Fior di beltà, che fugge
con si rapidi vanni,
dunque si colga in sul mattin degli anni.

Passion:
Une fleur aussi belle, qui fuit
sur des ailes aussi rapides,
doit être cueillie dans sa prime jeunesse.

Ragione:
Mira; impudico ardore
delle tue glorie il vivo lume adombra.

Raison:
Vois: tes désirs impurs obscurcissent
la lumière étincelante de ta gloire.

Senso:
L'ardor, ch'il petto ingombra,
l'istesso riscalda, e se l'accende,
quanto acceso egli è più, tanto più splende.

Passion:
Le désir, qui emplit mon coeur,
par là-même le réchauffe et l'attise;
or, plus il est attisé, plus il resplendit.

Ragione:
La voce, che t'invita,
è canto di sirena,
che termina col pianto.

Raison:
Cette voix qui t'appelle
n'est qu'un chant de sirènes:
il se termine dans les pleurs.

Senso:
E pur a l'egro senso
servi talor di medicina il canto.

Passion:
Pourtant, pour un coeur attristé,
le chant a parfois été un bon remède.


Ragione:
Tu senti, Sansone,
quel mal che Ragione
rimostra al tuo cor.


Senso:
Tu vedi, Sansone,
quel bel, che propone
il Senso, e l'Amor.

Raison:
Tu perçois, Samson,
ce mal que la Raison
démontre à ton coeur.


Passion:
Tu vois, Samson,
cette beauté que la Passion
propose, ainsi que l'Amour.


Ragione:
Torna, torna al sentier da te smarrito;
se non badi al mio dir, te se' spedito.

Raison:
Reviens, reviens sur le chemin que tu as égaré;
si tu n'écoutes pas mes propos, tu es perdu !

Senso:
Siegui, siegui il piacer, che qui t'appresto;
sfuggirà dalla ma, se non se' presto.

Passion:
Suis donc, suis le plaisir que je t'offre ici;
il te filera entre les doigts, si tu n'est pas rapide.


Sansone:
Cessate omai, cessate
di lacerarmi il petto
importuna Ragion, tenace Affetto.

Come vai volete più,
ch'io disponga del mio cor ?
Se, sottratto
al mio rigor,
ha contratto
con Amor già servitù.
Ch'io disponga del mio cor,
come mai volete più ?

Samson:
Cessez donc, cessez
de déchirer ma poitrine,
Raison importune, Passion insistante.

Comment voulez-vous, dès lors,
que je dispose encore de mon coeur ?
Soustrait
à mon contrôle,
il a déjà contracté
l'esclavage de l'Amour.
Comment voulez-vous, dès lors,
que je dispose encore de mon coeur ?


Testo:
Cosi del Sol, che i gloriosi rai
già, già diffusi a l'universo avea
dentro infida marea
va a tramontar per sempre;
cosi tanta fortezza,
benché di ferree tempre,
rompe del mar d'un seno
in due teneri scogli, e tanta gloria
beve in coppa di latte il suo veleno.

Amanti, che correte
d'un volto allo splendor,
miseri non vedete.
Ne crini ha la sua rete,
ne gli occhi tien l'ardor;
e allor che ride,
uccide
suo labbro feritor.

Récitant:
Ainsi, le Soleil qui avait déjà répandu
ses rayons glorieux sur tout l'univers,
s'en alla-t-il se perdre à jamais
dans une mer traîtresse.
Ainsi, tant de force,
pourtant d'une trempe d'acier,
se brisa-t-elle sur la mer de cette poitrine,
face à deux tendres rochers; et tant de gloire
but un poison mortel à cette coupe de lait.

Amants, vous qui accourez
à la splendeur d'un beau visage,
ne voyez-vous pas le danger ?
Ses cheveux cachent des filets,
ses yeux décochent le désir;
alors même qu'elle rit,
ses lèvres meurtrières
sèment la mort.


Samson et Dalila
peinture de Rubens, 1609

CANTO SECONDO

CHANT II

Sinfonia

Sinfonia

Dalila:
Ho vinto, amici, ho vinto:
è mio servo Sansone,
e il vincitor campione
da legami d'Amor fu per me cinto;
ho vinto, amici, ho vinto:

come vi date vanto, uomini alteri,
d'indomita fortezza
di somma possa, e lena,
s'oggi inerme bellezza
vi dosarma, v'inceppa, e v'incantena ?

Un vezzo, un riso, un guardo
di predervi presume:
v'è laccio, fiamma, e dardo
une crine, un labbro, un lume,
una benigna occhiata
vi fa la vostra sorte,
e una parola irata
forma il vostro terror, la vostra morte.

Dalila:
J'ai gagné, mes amis, j'ai gagné:
Samson est mon serviteur;
le champion victorieux, grâce à moi,
a été pris dans les liens de l'Amour.
J'ai gagné, mes amis, j'ai gagné:

Vous êtes si fiers, ô hommes orgueilleux,
de votre force invinsible,
de votre grande puissance et vigueur,
mais aujourd'hui, ma simple beauté
vous désarme, vous emprisonne et vous enchaîne.

Un geste, un rire, un regard,
suffit pour vous rendre captifs:
une cheveleure, des lèvres, un éclat,
sont autant de liens, de flammes et de traits;
un regard bienveillant
scelle votre destin,
et une simple parole de colère
déchaîne en vous la terreur et la mort.


Capo dei Filistei:
Vincesti, o donna, è vero,
ma non avrassi intiero
de la vittoria il frutto
sinché in nostro poter l'empio non rendi;
a questo sol t'adopra,
e pari a l'opra il guiderdone attendi.

Chef des Philistins:
Tu as gagné, ô femme, il est vrai;
mais tu ne savoureras pas entièrement
le fruit de ta victoire
tant que tu ne nous auras pas livré l'impie;
tu dois oeuvrer uniquement pour cela,
et tu en seras justement récompensée.

Dalila:
Perfetta vittoria,
mi dice, ch'io speri,
il core si, si.
Ne il sole oggidi
gli accesi corsieri
nel mar tufferà,
ch'io lieta saro:
a tanta beltà
resista chi puo.

Dalila:
Une victoire parfaite,
oui, oui: mon coeur
me dit que je peux l'espérer.
Et le char du soleil, aujourd'hui,
ne plongera pas dans la mer
ses destriers fougueux,
sans que je ne reçoive ma récompense.
Devant une telle beauté,
qui donc pourrait résister ?

Capo dei Filistei:
Al tuo fran merto
già, già s'inchina
la Palestina:
alla tua fronte
serto di fiori
presto farà:
e fini odori
l'Arabia molle
tributerà.

Chef des Philistins:
Déjà la Palestine
s'incline devant
ton grand mérite;
on posera aussitôt
une couronne de fleurs
sur ta tête;
et la douce Arabie
te rendra hommage
par des parfums exquis.


Testo:
Intanto che nel seno
de la superba Frine
degno trofeo s'architettava Amore;
la Ragion, cui premea
de l'eroe la salute,
spargea su l'egro core
panacea di virtute,
e ne gl'infermi affetti
distillava pietosa
balsamo di prudenza in questi detti.

Récitant:
Pendant que l'Amour
édifiait un trophée victorieux
auprès de cette Phryné,
la Raison, qui veillait
sur le salut du héros,
répandit sur son coeur attristé
un mélange de vertus;
de ses sentiments malades
elle extrayait, en ces termes,
avec bienveillance, un baume de prudence:


Ragione:
Dove vai ? Torci la prora
dal fragor de l'onda infida;
in quel mar mostro s'annida
ch' addormenta, e che divora.

S'a quel lume, che t'invita,
pur t'aggiri alma vagante,
sei quell'atomo volante,
che fa il rogo a la sua vita.
Vago è il fior, che da colori
par de l'Iride dipinto,
pur t'avviso, in breve estinto
rimarrai, se più l'odori.

Raison:
Où vas-tu ? Détournes ta proue
du fracs des vagues traîtresses;
dans cette mer se love un monstre
qui endort et qui dévore.

Si tu tournes ton âme vagabonde
vers cette lumière qui t'invite,
tu es semblable à ce petit papillon
qui sacrifie sa vie au bûcher.
Elle est belle cette fleur qui semble
recouverte des couleurs de l'Iris;
mais prends garde: tu seras vite perdu
si tu continues à sentir son parfum.


Sansone:
Importuna Ragion; vani argomenti
son questi, onde sgormenti
chi credulo dà mente al tuo garrire.
Menti; non ha ricetto
brutta frode in bel viso:
ne albergano le Furie in Paradiso.

Samson:
Raison importune; ce sont là
de vains arguments, pouvant faire peur
à qui écoute, crédule, tes babillages.
Tu mens: la tromperie, dans sa laideur,
ne saurait habiter un beau visage,
et les Furies ne logent point au Paradis.

Elitropio di speranza
sieguo i rai, ch'il core adora.


Dalila:
Nova Clizia di costanza
giro al Sol, che l'alma onora.


Sansone:
Bell' Aurora...

Dalila:
Milo diletto, ...

Sansone:
è dover, che questo sen...

Dalila:
giusto è ben,
che questo petto...


Sansone:
per te spiri.

Dalila:
per te mora.

Sansone:
Elitropio di speranza
sieguo i rai, ch'il core adora.


Dalila:
Nova Clizia di costanza
giro al Sol, che l'alma onora.

Ma tu, deh caro, appaga
il mio vivo desio, fammi palese
a qual de membri tuoi fu si cortese
il Ciel di tanta lena,
onde forza terrena
te superar non basti.

Héliotrope plein d'espoir,
je suis les rayons que mon coeur adore.


Dalila:
Nouvelle Clitia, pleine de constance,
je me tourne vers le Soleil que mon âme honore.


Samson:
Belle Aurore...

Dalila:
Mon bien-aimé...

Samson:
Il faut bien que cette poitrine...

Dalila:
Il est tout à fait juste
que cette poitrine...


Samson:
Pour toi s'épuise.

Dalila:
Pour toi se meure.

Samson:
Héliotrope plein d'espoir,
je suis les rayons que mon coeur adore.


Dalila:
Nouvelle Clitia, pleine de constance,
je me tourne vers le Soleil que mon âme honore.

Mais toi, mon bien-aimé, assouvis
mon vif désir: fais-moi connaître
auquel de tes membres le Ciel
accorda si généreusement tant de vigueur,
à tel point qu'aucune force terrestre
ne peut te dépasser.


Sansone:
Di troppo mi pregasti;
tanto importa il segreto
che ridirlo giammai non osero.

Samson:
Tu me demandes beaucoup trop:
ce secret est si important
que je n'oserai jamais le dire.

Dalila:
Non è ver, che m'ami, no.
S'a' miei prieghi
questo nieghi,
qual mercede
da tua fede
sperero ?

Dalila:
Vraiment, tu ne m'aimes pas !
Si tu refuses cela,
malgré mes prières,
quel gage
de ta foi
pourrai-je espérer ?


Sansone:
Che vero sia l'amor,
l'affermeran spedite
con bocche di ferite
le voci del mio cor.
Ma, ch'io riveli, o Dio,
quel, che solo a me stesso
è di saper concesso,
perdonami, ben mio; non lo diro.

Samson:
Que mon amour est vrai,
la voix de mon coeur
le proclamera promptement,
par la blessure de sa bouche.
Mais que je dévoile, mon Dieu,
ce qu'il n'a été donné de savoir
qu'à moi seul,
pardonne-moi, mon trésor: je ne le dirai guère.


Dalila:
Non è ver, che m'ami, no.
Mentre diffidi,
crudo m'ancidi,
ma mi consolo,
che in braccio al duolo
lacerata spirero.
Non è ver, che m'ami, no.

Dalila:
Vraiment, tu ne m'aimes pas !
Par ta méfiance,
tu m'infliges une mort cruelle;
mais je me console car,
face à une telle douleur,
je finirai par m'éteindre.
Vraiment, tu ne m'aimes pas !

Sansone:
Taci; tu mi tormenti;
compiacerti risolto.
Sappi: la mia fortezza
consiste nel mio crin, e, se reciso
fosse da ferro ostile,
fora infermo il vigor, l'animo vile.

Samson
Tais-toi ! Tu me persécutes;
j'ai décidé de te complaire.
Sache-le: ma force réside dans ma chevelure,
et si elle était coupée par une épée ennemie,
ma vigueur deviendrait impuissante,
mon esprit faible.

Dalila:
O quanto ad ossequiarti l'animo mio si move.
Ebbi de l'amor tuo l'ultime prove.

Sansone:
O quanto ad adorarti l'animo mio si move.
Diedi de l'amor mio l'ultime prove.

Dalila:
A te rendre hommage, mon âme se prépare !
J'ai reçu l'ultime pruve de ton amour.

Samson:
A t'adorer, mon âme se prépare !
J'ai donné l'ultime preuve de mon amour.


Testo:
Che festi, o Dio, che festi ?
Odi: il lubrico labbro
sarà di mille pene
a te ministro, e fabbro.
Ma, da poi che Ragione
ebbe di lui abbandonato il freno,
fu visto il Senso altero
entrar scoperto ad occupargl'il seno.
Et or, del molle grembo
d'impura Pasitea
letto, e tomba formando al petto forte,
cosi al sonno l'invita, anzi a la morte.

Récitant:
Qu'as-tu fait, mon Dieu, qu'as-tu fait ?
Ecoute: ces lèvres lubriques
seront pour toi ministres et artisans
de mille souffrances.
Mais depuis que la Raison
a abandonné son contrôle,
on vit la Passion faire son entrée
triomphante au sein de son coeur !
Et maintenant, le ventre souple
de cette impure courtisane,
à la fois lit et tombeau pour ce corps valeureux,
l'invite au sommeil, ou mieux, à la mort.


Senso:
Dormi, dormi invitto Marte
fra le braccia del Diletto,
e non entri a disturbarte
ombra rea, vano sospetto.
Dormi pur che gloriosi
furo a stanco valor sempre i riposi.
Vieni, vieni de' viventi
dolce orror, velo soave,
che dilegui dalle menti
ogni cura, e pensier grave,
vieni pur che gloriosi
furo a stanco valor sempre i riposi.

Passion:
Dors, dors, ô Mars invincible,
entre les bras de ton Amour:
qu'aucune ombre méchante
ne viennent te déranger.
Dors, car le repos a toujours été glorieux
pour les nobles guerriers fatigués.
Viens, viens, douce horreur,
voile suave des vivants,
qui chasse des esprits
tous les soucis, toutes les pensées graves,
viens, car le repos a toujours été glorieux
pour les nobles guerriers fatigués.


Testo:
Appena il folle amante
in profondo sopor resto sepolto,
che li recise il crin l'infame Cloto.
Da mille funi involto
indarno ei si dibatte, e a tanto arriva
del filisteo la crudeltà tiranna,
che degl'occhi lo priva,
e a vil opra il condanna;
onde tutto grondante
al suo sangue, al sudore
mescea licor di pianto
per comporne il collirio ad ogni core.

Récitant:
A peine le fol amant
fut-il profondément endormi,
que l'infâme Clotho trancha sa chevelure.
Pris par des centaines de liens,
en vain, il se débat, et la terrible cruauté
des Philistins se déchaîne tant
qu'elle le prive de la vue du jour,
et le condamne à des travaux infamants.
Alors, tout trempé
de sang et de sueur,
il y ajoute l'essence de ses pleurs,
et compose un baume pour tous les coeurs.


Sansone
Dai confini del mondo
venga il mondo vivente, e miri attento,
come Circe spietata,
une bellezza infrata
mi tranformo in giumento.
Osservi il gran Sansone
il domator de' mostri,
il fulmine di guerra,
sferza, e terror delle nemiche schiere,
or cieco e incatenato,
Sisifo condennato a vivo Inferno
svolge mole pesante in giro eterno.

Samson:
Que tous les hommes viennent,
des extrémités de la terre, et regardent bien
comme cette cruelle Circée,
une beauté pleine d'ingratitude,
a fait de moi une bête de somme.
Voici Samson, le grand,
jadis dompteur de monstres,
foudre de guerre,
châtiment et terreur des armées ennemies;
à présent il est aveugle, enchaîné:
condamné, tel Sisyphe, à un Enfer vivant,
il roule sa lourde pierre éternellement.

Vieni amante, e, se pur vuoi
vagheggiar il dio, ch'adori,
fissa in me gli sguardi tuoi:
la mia sorte a te dipinge
de l'Amor vivo il ritratto;
cieco, e nudo egli si finge,
cieco, e nudo io son già fatto.
Vanno infrante qui le biade
sotto il pondo, che s'aggira,
odo il gran, che tritto cade,
meco geme, e meco piange,
e mi dice in rotti accenti,
cosi va, cosi si frange
la fortuna de' viventi.

Venez, amants, et si vous voulez
regarder encore le dieu que vous adorez,
fixez sur moi vos regards:
mon triste sort sera pour vous
le portrait vivant de l'Amour;
il se montre souvent aveugle et nu:
me voici, en effet, nu et aveugle.
Ici est broyée la moisson,
sous ce poids qui tourne;
j'entends le blé qui tombe moulu:
il gémit avec moi, avec moi il pleure;
et il me dit d'une voix cassée,
ainsi va, ainsi se brise
la fortune des vivants.


Ragione:
Ben ti sta, folle che sei,
fosti sordo a la Ragione,
cieco al Senso esser tu dei;
la natura del piacere
ben conoscere or saprai,
e potrai meglio vedere
or che gl'occhi più non hai.

Raison:
Autant pour moi, insensé que tu es;
tu as été sourd à la Raison,
tu ne peux qu'être aveuglé par la Passion;
la nature du plaisir,
maintenant, tu la connais bien,
et tu pourras mieux voir,
maintenant que tu as été privé de tes yeux.


[Coro finale]:
Apprendete, o mortali;
il vero Amore è Dio; al Ciel diretti
s'alzino i nostri affetti:
cosi da lezzo immondo
netto il cor serberassi, e troppo è vero,
che remova al Valore
fascino a la Virtù fu sempre Amore.

[Choeur final]:
Apprenez, ô mortels:
l'Amour véritable, c'esr Dieu;
vers le Ciel, il nous faut tourner nos passions.
Ainsi notre coeur se gardera propre
des ordures immondes; ce n'est que trop vrai:
l'Amour a toujours entravé la Valeur
et jeté un charme à la Vertu.


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