
retour Aci, Galatea e Polifemo retour oeuvres

George Frederick HAENDEL
Ouverture Ouverture Aci: Acis: Aci: Acis: Sforzano a piangere con più dolor Les astres qui ont consenti à ton martyre, Aci: Acis: Che non puo la gelosia Que ne peut la jalousie Galatea: Galatée: Galatea: Galatée: Sibilar l'angui d'Aletto Il me semble, tout autour de moi, Galatea: Galatée: Benché tuoni e l'etra avvampi, Bien que ciel tonne et s'embrase, Polifemo: Polyphème: Non sempre, no, crudele, Non, tu ne me parleras pas Galatea: Galatée: Dell'aquila l'artigli Si le serpent ne craint pas Polifemo: Polyphème: Precipitoso Le fleuve court Galatea: Galatée: S'agita in mezzo all'onde, Au milieu des flots Polifemo: Polyphème:: Polifemo: Polyphème: Polifemo: Polyphème: Fra l'ombre e gl'orrori Dans l'ombre et les ténèbres, Polifemo: Polyphème: Qui l'augel da pianta in pianta Ici, l'oiseau vole tout heureux Galatea: Galatée: Se m'ami, o caro, Si tu m'aimes, mon amour, Polifemo: Polyphème:: Aci: Acis: Polifemo: Polyphème: Verso già l'alma col sangue, En perdant mon sang je rends l'âme, Galatea: Galatée: Impara, ingrata, impara, Apprends, ingrate, apprends Galatea: Galatée: Del ma fra l'onde Dans les flots de la mer, Polifemo: Polyphème: "Vissi fedel, mia vita, "Mon amour, j'ai vécu fidèle Polifemo: Polyphème: Chi ben ama ha per oggetti Celui qui aime véritablement a pour objets
Sorge il di, e tranquillo
par che brilli ancor il ciel.
Galatea:
Spunta l'aurora, e più sereno
par che brilli ancor il ciel.
Aci:
Scherza l'aura in braccio a Flora
e sol pena il cor fedel.
Galatea:
Ride il fiore al prato in seno
e sol pena il cor fedel.
Le jour se lève, et tranquille
le ciel semble scintiller de nouveau.
Galatée:
Voici poindre l'aurore, et plus serein encore,
le ciel semble scintiller de nouveau.
Acis:
Zéphir folâtre dans les bras de Flore,
et seul le coeur fidèle est en peine.
Galatée:
La fleur sourit au sein des prés,
et seul le coeur fidèle est en peine.
Vanti, o cara, il ruscello
di fremer gorgogliando
rotto fra sterpi e sassi,
finché poi mormorando
con l'argentei suoi passi
arrivi a ribaciar del mar l'arene;
che sol da te, mio bene,
quando lontan son io,
misero al par di quello
provo nel fido sen duolo più rio.
Galatea:
Se di perle un tesoro
vedi, bell'idol mio,
sparso di Flora ad arricchire il manto,
tu rigiada lo credi, ed è mio pianto.
Mon aimée, que le ruisseau
se flatte de frémir en gargouillant
brisé à travers herbes et rochers,
tant qu'en murmurant
il arrive de ses pas d'argent
à embrasser le bord de mer.
Ainsi, lorsque je suis éloigné de toi, mon amour,
je suis aussi malheureux que lui:
mon coeur fidèle éprouve alors
la plus vive douleur.
Galatée:
Si tu vois un trésor de perles
enrichir le manteau de Flore,
tu croic à des gouttes de rosée,
quand ce sont mes larmes.
l'astri che arrisero al tuo martir,
e in petto frangere mi sento il cor,
perché più misero dovrai languir.
me forcent à pleurer avec plus de douleur.
Et je sens mon coeur se briser
car tu vas devoir souffrir plus encore.
E qual nuova sventura
con violenza ria
ti sforza a lagrimar ?
Galatea:
Anima mea, di Polifemo irato
mi costringe a penar l'empio furore;
armato di rigore
serba meco sdegnato
d'astro velen l'immonde labbra infette;
meditando vendette
vibra da lumi suoi lampi di foco,
tuona la voce orrenda,
e tende in ogni loco
con empietà tremenda
insidie a fulminar la mia costanza.
Aci:
Ahi, questo è duol, che ogn'altro duolo avanza.
Mais quel nouveau malheur
te pousse à pleurer
avec tant de violence ?
Galatée:
Mon âme, c'est la fureur scélérate de Polyphème
ivre de rage, qui me fait souffrir.
Armé de cruauté,
en colère contre moi,
il me réserve ses lèvres immondes et vénéneuses.
Tandis qu'il médite sa vengeance,
ses yeux s'animent d'éclairs de feu,
sa voix horrible tonne,
et avec une cruauté terrifiante
il s'ingénie en tous lieux
à foudroyer ma fermeté.
Acis:
Ah ! Que cette douleur surpasse toutes les autres !
quando un core arde d'amore
e per gioco amar non sa ?
Lo puo dir l'anima mia,
che un momento di contento
non sa quando aver potrà.
dans un coeur brûlant d'amour
qui ne sait aimer par jeu ?
C'est ce que peut dire mon âme,
ne sachant pas quand elle aura
un moment de bonheur.
Ma qual orrido suono
mi ferisce l'udito ?
Aci:
Spaventevol muggito
mi circonda di orrore,
anzi parmi che intorno
faccia tremar de' monti
tutte le spazione atre caverne.
Mais quel son horrible
me déchire l'ouïe ?
Acis:
Un mugissement épouvantable
me remplit d'horreur;
on dirait qu'il fait trembler
les montagnes
et toutes leurs vastes grottes obscures.
Ahi ! che da l'ombre eterne
quasi uscisse alla luce
sarà l'empio gigante.
Già il monstruoso amante,
punto da gelosia, dell' antro oscuro
fa che il cardine strida,
e mentre l'acceso sgrida
il mio cor mal sicuro
a l'incontro crudel di sue pupille
par che senta latrar voraci Scille.
Aci:
Già viene.
Galatea:
O Dio, t'invola
al suo barbaro sdegno, e ti consola.
Hélas ! C'est peut-être le cruel géant
qui sort des ombres éternelles
vers la lumière !
Voilà que ce monstrueux amant
piqué par la jalousie fait hurler les gonds
de son antre obscur.
Et alors que, tout épris, il gronde,
mon coeur inquiet
à la vue cruelle de ses yeux
croit entendre aboyer mille voraces Scyllas !
Acis:
Voici qu'il approche !
Galatée:
A sa fureur barbare
mon dieu ! dérobe-toi et garde espoir.
e latrar voraci Scille
parmi udir d'intorno a me.
Rio velen mi serpe in petto
perché a' rai di due pupille
arde il cor senza mercé.
entendre siffler les serpents d'Alecton
et aboyer de voraces Scyllas.
Un poison amer s'insinue dans mon sein
car aux flammes de deux beaux yeux
mon coeur se brûle sans merci.
Deh lascia, o Polifemo,
di languir sospirando
miserabil trofeo del cieco Dio.
Polifemo:
Se schernito son io,
mentre di sdegno fremo,
de la viperea sferza
prive render sapro le furie ultrici,
e a rendere infelici
l'ore di vita al mio crudel rivale,
luttuosa e fatale
la scuotero d'intorno,
e forse in questo giorno
chiamero a vendicarmi
arpie, sfingi, chimere e gerioni,
e spargerà sdegnato il cielo
ancor fulmini, lampi e tuoni.
Oh Polyphème, cesse donc
de languir et de soupirer,
en misérable proie du Dieu aveugle.
Polyphème:
Si l'on se moque de moi,
quand je frémis d'indignation,
je saurai priver les Furies vengeresses
de leur fouet vipérin,
et pour rendre misarable
la vie de mon cruel rival
je le ferai claquer en tous sens
sinistre et fatal.
Et peut-être qu'aujourd'hui même
je convoquerai pour me vanger
harpies, sphinges, chimères et géryons
et le cial courroucé répandra à son tour
foudre, éclair et tonnerre !
pur di folgori e di lampi
non paventa il sacro alloro.
Come quello anch'io pur sono
che non cedo e m'abbandono
a timor di rio martoro.
le laurier sacré ne craint
ni l'éclair ni la foudre.
Ainsi je ne cède,
ni ne m'aba,donne
à la crainte d'un cruel martyre.
Cadrai depressa e vinta
al mio temuto piede,
anzi quella mercede
che mi nieghi, superba,
crudel, con pena acerba,
piangendo z sospirando,
pentita chiederai.
Galatea:
Ma dimmi il quando ?
Polifemo:
Quando già disperata,
lacerando le chiome,
col rival non godrai.
Galatea:
Ma dimmi il come ?
Tu tomberas vile et vaincue
à mes pieds redoutés,
et cette pitié que tu me refuses
avec orgueil et cruauté,
avec un âpre tourment,
en pleurant et en soupirant
pleine de repentir, tu l'imploreras de moi !
Galatée:
Mais dis-moi donc quand ?
Polyphème:
Lorsque, désespérée,
t'arrachant les cheuveux,
tu ne te réjouiras plus avec mon rival.
Galatée:
Et dis-moi comment ?
mi parlerai cosi.
Tiranna, un cor fedele
si prende a scherno, a gioco;
pentita a poco a poco,
spero vederti un di.
toujours ainsi, cruelle.
Barbare, tu te moques
d'un coeur fidèle;
mais j'espère un jour, peu à peu,
te voir repentie.
Folle, quanto mi rido
di tua vana speranza.
Polifemo:
Con orrida sembianza
dunque vuoi che ruotando irato il ciglio
renda maggior la tema
del tuo grave periglio ?
Inerme e tu non sei ?
E non son io che posso usar la forza
e non trattar preghiere ?
Oh chi mai dalle fiere
furie del cor geloso
difenderti potrà ?
Aci:
Io che non posso ?
io che stimo assai poco
per l'amato mio bene
tutto il sangue versar dalle mie vene ?
Que tu es fou et comme je me ris
de ta vaine attente !
Polyphème:
Tu veux donc qu'en roulant mes yeux furieux
et en me donnant une horrible apparence,
j'augmente la crainte
du grave péril où tu te trouves ?
N'es-tu pas sans armes ?
N'est-ce pas moi qui peux user de la force
sans entendre tes prières ?
Oh ! Qui donc pourra te défendre
contre les Furies féroces
de mon coeur jaloux ?
Acis:
Moi, que ne puis-je ?
Moi qui estime bien peu de chose
que de verser tout mon sang
pour ma bien-aimée.
se non paventa un angue
de miseri suoi figli
puo il nido insanguinar.
Ma se ritorna poi
prova gli sdegni suoi
e della prole il sangue
attende a vendicar.
les serres de l'aigle
il peut ensanglanter
le nid de ses infortunés petits.
Mais quand l'aigle reviendra,
dans sa fureur,
il vengera le sang
de ses enfants.
Meglio spiega i tuoi sensi.
Aci:
In van, in van pretendi
vincer la sua costanza,
che generosa e franca
fa languida mancar la tua sperenza,
che se mai lassa e stanca
per se mai che vacilli un sol momento,
io sol che non pavento
come aquila invitto
difendero quel core,
quel fido cor ch'è mio,
da l'aspe rio del tuo lascivo amore.
Explique mieux ta pensée.
Acis:
En vain tu prétends
vaincre sa constance
alors qu'avec générosité et franchise
elle fait mourir tes espérances;
mais si jamais elle se lasse
et vacille un seul instant,
alors seul, sans crainte,
tel un aigle invaincu,
je défendrai son coeur,
ce coeur fidèle qui est mien,
contre l'infect venin de ton amour lascif.
nel mar che freme
pim corre il fiume
che stretto fu.
Ho per costume
privo di speme
anch'io sdegnoso
rendermi più.
vers la mer frémissante
plus précipitamment encore
quand son lit est étroit.
Ainsi, ai-je pour coûtume
si je suis privé d'espoir
de m'emporter
davantage.
Si, t'intendo, inumano,
pensi macchiar, crudele,
de l'innocenza mia l'alto cantore,
a tue meste querele
quanto più divien sordo il fido core.
Ma tal pensiero invano
sveglia nella tua mente
mal fondate spenrenze,
che d'altro amore accesa,
più coraggiosa e forte,
prima d'amarti incontrero la morte.
Oui, je te comprends bien, barbare.
Tu penses souiller
la candeur de mon innocence
car mon coeur fidèle
reste sourd à tes tristes pleurs.
Ôte de ton esprit
une pensée si vaine,
une espérance si mal fondée
car, enflammée d'un autre amour,
plus courageuse et plus forte
je trouverai la mort avant que de t'aimer !
lontano dalle sponde,
nel tempestoso mar la navicella.
Scherzo di vento infido
corre da lido in lido,
né la fa naufragar forza di stella.
loin du rivage,
la barque tangue au sein d'une mer démontée.
Jouet d'un vent changeant
elle erre de rivage en rivage,
mais la force d'une coiulée ne la fait pas sombrer.
So che le cinosure
che ti chiamano in porto
de' lumi del tuo ben son le due stelle;
ma non so qual conforto
in mezzo alle procelle,
qperar potrai dal tuo gradito amante,
quando destar le sa fiero gigante.
Aci:
Senti, quando adempire
brami le tue vendette
fa che dal ciel saette
vibri contro di me Giove tonante;
fa che lacero esangue
cada il mio sen costante;
esca di augel rapace
rendi pur se ti piace
le viscere infelici;
e biancheggiar disciolte
per quest'erme pendici
fa che miti il pastor l'ossa insepolte;
prendi di me la palma,
ma non turbar de l'idol mio la calma.
Je sais que les constellations
qui te guident vers le port
sont les deux étoiles des yeux de ton bien-aimé.
Mais je ne sais quel secours,
au milieu des tempêtes,
tu pourras espérer de ton cher amant
quand un féroce géant les aura déchaînées.
Acis:
Ecoute: si tu veux
accomplir ta vengeance,
fais que Jupiter tonnant décoche
contre moi ses flèches célestes;
fais que mon coeur constant
tombe brisé et exsangue;
offre, si cela te plaît,
mes malheureuses entrailles
en appâts aux oiseaux de proie;
fais que le pâtre contemple
mes os sans sépulture
blanchissant le flanc de ces collines;
acquiers ta gloire contre moi
mais ne trouble pas le calme de mon idole.
Provedà lo sdegno mio
chi da me non chiede amor.
Galatea:
Perché fiero ? perché, o Dio,
contro me tanto rigor ?
Aci:
Idol mio, deh ! non temer !
Polifemo:
Se disprezzi un cor fedele,
gioir voglio al tuo martir.
Galatea:
Emio, barbaro, crudele !
ti sapro sempre schernir.
Aci:
Soffrir e spera di goder.
Qui ne veut pas de mon amour
éprouvera ma fureur.
Galatée:
Pourquoi cruel, pourquoi, oh mon Dieu,
tant de rigueur contre moi ?
Acis:
Ah ! mon amour, ne crains rien !
Polyphème:
Si tu méprises mon coeur fidèle,
je veux me réjouir de ton martyre.
Galatée:
Créature impitoyable, barbare et cruelle !
Je saurai me railler sans cesse de toi !
Acis:
Souffre et attends le moment de ton bonheyr.
Ingrata, se mi niegli
cio che sperar potrei come tuo dono,
io che schernito sono
ottenet lo spano come rapina.
Galatea:
Poiché il ciel già destina,
che ti lasci, o mio bene,
corro in braccio a Nereo.
Polifemo:
Dolci catene
ti saran queste braccia.
Aci:
Empio, t'arresta !
Galatea:
Tormentosa e funesta
pria m'accolga la Parca.
v
Ecco al mio seno ti stringo.
Galatea:
Ah ! genitore !
col tuo duro tridente
corri e svena il tiranno, il traditore.
Aci:
Non si smarrir mia vita.
Galatea:
In libertà gradita
ecco al fin che già sono.
v
Ah ! crudo fato,
tu pur fuggi, o crudel !
Aci:
Respiro !
Galatea:
Addio;
precipito nell'onde, idolo mio !
Ingrate, si tu me refuses
le don que j'espère de toi
eh bien ! puisque je suis déjà méprisé,
je saurai l'obtenir par la violence.
Galatée::
Puisque mon destin veut
que je te quitte, mon cher amour,
je cours me jeter dans les bras de Nérée.
Polyphème:
Non ! mes bras
vont t'enchaîner avec douceur.
Acis:
Halte, misérable !
Galatée:
Que la Parque lancinante et
funeste m'accueille !
Polyphème:
Enfin je te serre sur ma poitrine.
Galatée:
Oh ! mon père !
Accours avec ton dur trident,
et égorge ce tyran, ce traître !
Acis:
Ne te perds pas, ma vie !
Galatée:
Enfin, voilà que je retrouve
ma chère liberté !
Polyphème:
Ah ! destin impitoyable !
Tu t'enfuis donc, cruelle !
Acis:
Je respire !
Galatée:
Adieu mon amour !
Je me précipite dans les flots !
farfalla confusa
già spenta la face
non sa mai goder.
Cosi fra timori
quest'alma delusa
non trova mai pace
né spera piacer.
une fois la flamme éteinte,
le papillon désorienté
ne sait plus comment se réjouir.
Ainsi, au milieu de mes craintes,
mon âme trompée
ne trouve plus la paix,
ni même n'espère de plaisir.
Ma che ? non andrà inulta
la schernita mia fiamma; io vilipeso,
io d'empio sdegno acceso,
sapro ben vendicarmi
e del rivale in petto
svenar sapro di Galatea l'affetto.
Aci:
Pur che l'amato bene
sol per me non soggiaccia a rio tormento,
squarciami ancor il sen ch'io son contento.
Ma già parte l'ingrato,
e solo e disperato
io qui rimango. Ah ! stelle
meco troppo rubelle,
se il mio cor tanto adora,
fate che un'altra volta
miri l'idolo mio e poi ch'io morito.
Mais quoi ? mon amour bafoué
ne sera point vengé ? Moi, l'outragé,
ivre d'une fureur inhumaine,
je saurai bien me venger
et tuer dans le coeur de mon rival
les sentiments de Galatée !
Acis:
Afin que ma bien-aimée ne souffre
de cruels tourments par ma faute
déchire-moi même le coeur, j'en serai content...
Mais voilà qu'il s'en va, cet ingrat,
et moi, je reste ici, seul et désespéré !
Oh ! étoiles,
vous m'êtes par trop contraintes,
puisque mon coeur adore à ce point,
faites qu'une fois encore
je revois mon amour et qu'ensuite je meure.
lieto vola, dolce canta
cor che langue a lusingar.
Ma si fa cagion di duolo
sol per me che affitto e solo,
pace, o Dio, non so trovar.
d'arbre en arvre, il chante doucement
comme pour caresser un coeur qui se languit.
Pour moi seul il est cause de tourment
car affligé et solitaire
je n'arrive pas, o dieu ! à trouver la paix.
Giunsi al fin mio tesoro
nelle cupe profonde
procellose voragini del mare.
Pensai, caro mio bene,
reder per non penare,
e l'orche e le balene
vendicatrici del mio grave affano,
ma vuol destin tiranno,
che non speri pietà del mio naguire.
Aci:
Ahi ! che rende più atroce
la tua barbara pena il mio martire.
Mon trésor, j'ai enfin rejoint
les gouffres profonds
orageux et sombres de la mer.
Je pensai, pour éviter ce supplice,
donner aux orques et aux baleines
la mission de me venger
de mes graves tourments.
Mais un destin tyrannique veut
que je n'espère aucune pitié pour mes souffrances.
Acis:
Hélas ! la douleur barbare qui t'accable
ne fait que rendre plus atroce encore mon martyre !
se mi sei fido,
lasciami sola a sospirar.
Nel duolo amore
cosi consola
chi fa Cupido per te penar.
si tu m'es figèle,
laisse-moi pleurer seule.
Dans cette douleur amère,
console de cette façon
celle que Cupidon fait souffrir pour toi.
Qui su l'alto del monte
attendero l'empio rivale al varco.
Aci:
Cara, poiché dall'arco
disciolse Amore alla saetta il volo,
poiché ferito io solo
son dgl'affetti tuoi l'unico erede,
come, o Dio ! come mai
con esempio di fede,
vagheggiando i tuoi rai,
lieto posso gioire,
quando solo per me dei tu languire ?
Polifemo:
Stelle ! Numi ! che ascolto ?
Galatea:
Dove più spesso e folto
il numero sarà de miei tormenti,
mi sembrerà pur poco
passar mio ben per te.
Aci:
Si molli accenti
di costanza e d'amor pegni veraci
lascia bocca gradita,
che riscuotano omai premio di baci.
Polifemo:
Ah ! prima il fil' recidero di vita.
C'est ici, sur le haut de cette montagne,
que j'attendrai le passage de mon rival impie.
Acis:
Ma bien-aimée, puisque le dieu Amour
de son arc a décoché la flèche,
puisque bléssé par lui
je suis l'unique destinataire de ta tendresse,
comment, ô dieu, comment donc,
avec un tel exemple de fidélité,
puis-je en contemplant tes beaux yeux
être heureux
quand, pour moi, tu dois languir ?
Polyphème:
Par les astres, par les dieux, qu'entends-je ?
Galatée:
Quel que soit le nombre
de mes tourments,
cela me semble bien peu,
mon aimé, que de souffrir pour toi !
Acis:
Paroles si douces,
véritables gages d'amour et de constance,
accepte, bouche aimée,
d'en recevoir le prix en baisers !
Polyphème:
Avant qu'il ne le fasse je trancherai le fil de sa vie.
Dolce amico amplesso
al mio seno
tu dai vita e fai goder.
Tuo mio rendo,
idol mio, fedel ti sono.
Teco voghlio e vita e morte;
spera, o bella, e non temer.
Galatea:
Caro amico amplesso,
al core oppresso
tu dai vita e fai goder.
A te mi dono.
Son per te costante e forte,
spera, o caro, e non temer.
Polifemo:
In seno dell'infida
e chi un fulmine m'offre accio l'uccida ?
Né a far le mie vendette
tuona Giove immortal, né dal profondo
si sconvolge l'abisso,
né da' vardini suoi si scuote il mondo,
né di Cocito l'onda
velenosa e funesta
toglie all'empio il respiro,
dal gorgone insassito e ancor non resta ?
Douce étreinte
tu redonnes vie à mon coeur,
et me rends heureux.
Mon amour, je suis à toi
et à toi je suis fidèle.
Avec toi je veux vivre et mourir,
espère ma belle, et ne crains rien !
Galatée:
Chère étreinte
tu redonnes vie à mon amour oppressé
et me rends heureuse,
Je me donne à toi.
Pour toi je suis constante et forte,
espère, mon aimé, et ne crains rien !
Polyphème:
Qui me donne la foudre pour le tuer
dans les bras de l'infidèle ?
Pour me venger, l'immortel Jupiter
ne tonne-t-il pas ? les abîmes
ne surgissent-ils pas des profondeurs ?
Le monde ne tremble-t-il pas sur son axe ?
Les flots vénéneux et funestes de Cocyte
ne coupent-ils pas
le souffle à mon rival ?
N'est-il pas encore pétrifié par la Gorgone ?
Or poiché sordi sono
del cielo e dell'abisso
i paventati numi,
perché non mi consumi,
precipito e ruino
sopra il capo del reo sasso si grave.
Del tenero e soave
amplesso che il mio cor colmo si sdegno,
sia pena cosi ria premio condegno.
Dià va di balza in balza,
già la gravezza addiunge l' ali al corso,
già, già l'atterra.
Aci:
O Dio, mio ben, soccordo !
Puisque les dieux redoutables
du ciel et des abîmes
restent sourds,
pour ne pas en mourir
je lancerai moi-même sur la tête du coupable
un très lourd rocher.
Un châtiment aussi rude sera la juste récompense
de leur tendre et suave étreinte
qui a rempli mon coeur de fureur.
Déjà le rocher rebondit dans le précipice,
et voilà que son poids donne des ailes à sa course !
Le voilà écrasé.
Acis:
Mon dieu ! mon amour, au secours !
lento palpita il mio cor.
Già la vita manca e langue
per trofeo d'empio rigor.
les battements de mon coeur ralentissent,
je défaille et déjà la vie m'abandonne,
victime d'une impitoyable rigueur.
Misera, e dove sono ?
In siccesso si rio
la ragion m'abbandona,
no ha lume mente;
e quel sangue innocente,
sangue dell'idol mio,
mentre beve la terra,
torpida e semiviva io spargo intanto
caldi rivi di pianto.
Soffagano i sospiri
la tremente mia voce
e in tormanto si atroce
con fievoli respiri manca la lena,
e l'alma quasi giunta
su i labbri afflitta esclama:
"Cosi misero more
cuor che fedel non sa cangiar mai brama."
Malheureuse, mais où suis-je donc ?
Face à un évènement aussi affreux,
la raison m'abandonne,
mon esprit perd sa clarté !
Et ce sang innocent,
le sang de mon amour
voici que la terre s'en abreuve :
En pleine torpeur, plus morte que vive,
je verse des torrents de larmes brûlantes.
Mes soupirs étouffent
ma voix toute tremblante
et dans un tourment si atroce,
respirant à grand peine, je défaille
et mon a^me au bord des lèvres,
pleine d'afflictions s'écrie:
" Ainsi se meurt un pauvre coeur
qui dans sa fidélité ne change jamais son désir."
che fa l'esser tiranna
con chi ti chiede amor.
Il tuo rigor condanna
e in pena cosi amara
lagnati del tuo cor.
ce que c'esr qu'être tyrannique
avec qui te demande ton amour.
Condamne ta propre rigueur;
et dans une peine aussi amère,
plains-toi de ton propre coeur.
Ah ! tiranno, inumano !
da quel sangue adorato,
apprendi almen rossore
del cieco tuo rigore,
ch'io con barbare tempre,
del mio bene in vendetta,
ti abborriro, ti fuggiro per sempre.
E tu mio genitore,
quell' infelice salma,
trofeo di cruda morte,
deh fa che si converta in fresco rio;
che quando al mar che freme
con tenero d'amor dolce desio,
fia che giunga in tributo
poiché par mio dolore
sopra le nude arene estinto giacque,
le godero, lo stringero fra l'acque.
Polifemo:
Né fia che a tuoi pensieri
passi a regnar la pace.
Galatea:
In van lo speri !
Ah : Tyran, inhumain !
Par son sang que j'adore
rougis au moins
de ta rigueur aveugle
car avec une détermination sauvage
pour venger mon amour,
je t'abhorre et te fuis pour toujours.
Et oi, mon père,
fais que cette malheureuse dépouille,
trophée d'une mort vruelle,
soit tranformée en un frais ruisseau;
fais qu'il parvienne à la mer frémissante,
et s'y jette avec un tendre
et doux désir d'amour;
puisque pour ma douleur
il gît mort sur le sable nu,
je l'aimerai et l'enlacerai dans l'onde.
Polyphème:
Non ! tes pensées
ne pourront jamais recouvrer la paix.
Galatée:
C'est ce que tu espères en vain.
per non mirarti,
fiero tiranno,
mi spinge il duol.
Ma in questo sponde
torno all' affamo
nel vagheggiarti
spento mio sol.
la douleur me précipite.
Ainsi je ne te verrai plus
féroce tyran !
Mais sur ces rivages
je reviens à mon chagrin,
toute à la contemplation
de mon soleil éteint !
Frema ! ma già nel mare
con l'algose sue braccia
Nettun l'accoglie, e nel suo sen l'allaccia.
Stupido ! ma che veggio ?
Aci disciolto in fiume
siegue l'amato bene, e mormorando
cosi si va lagnado:
Arrête ! Mais déjà au sein de la mer
Neptune l'accueille
et de ses bras d'algues la serre contre sa poitrine.
Mais, interdit ! Que vois-je ?
Acis changé en fleuve
suit son amour et en murmurant
déroule sa plainte :
e morto ancor t'adoro;
e de' miei chiara argenti
col mormorio sonoro
non lascio di spiegare i miei tormenti.
Or, dolce mio tesoro,
con labbro inarfentato,
forse più fortunato,
ti bacero del tuo Nereo fra l'onde;
e l'arenose sponde
che imporporai col sangue,
mentre d'empio destin solo mi lagno,
co' miei puri cristalli e lavo e bagno."
et mort, je t'adore encore;
par le murmure de mes eaux
claires et argentées
je ne me lasse pas de conter mes tourments.
A présent, mon doux trésor,
de mes lèvres d'argent,
plus heureux peut-être,
je t'embrasserai dans les flots de Nérée ton père.
Les rivages sablonneux
que j'empourprais de mon sang,
en pleurant seul mon sort cruel,
je les lave et les baigne de mes eaux de pur cristal."
Ed io che tanto ascolto,
cieli ! come non moro ? Ah, la costanza
di chi ben ama un giorno,
non sa, né puo mai bariar sembianza.
Et moi, qui l'écoute
comme fais-je, ô ciel, pour ne pas mourir ?
Ah ! la fidélité de qui connut un jour l'amour
ne sais pas, ne peut pas changer.
fido amor, pura costanza.
Che se mancaro i diletti,
poi non manca la soenranza.
fidèle amour, constance pure.
Car si les plaisirs font défaut,
l'espoir, lui, demeure.
George Frederick HAENDEL
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