Lundi 13 avril. Je suis en avance, planté devant Arte. J'attends, avec une certaine impatience, et une appréhension, [légitime ?], la diffusion d'un oratorio, le messie de Händel.
Pourquoi appréhension ? Parce que ce n'est pas évident d'assister à une mise en scène d'une œuvre qui, par définition, n'est pas écrite pour la scène. Le texte en est beau, la musique quelque fois éthérée [Thy rebuke, suivit du Behlod and see...], même si un Hallelujah vient tout gâcher... il est tellement rabâché, rejoué, attendu. A mon sens, on pourrait fort bien l'intégrer dans un immense feu d'artifice...histoire de rappeler que ce compositeur a aussi écrit les Fireworks. Par principe, je m'attache plus à des pièces moins connues... et le Messie fait partie des œuvres que j'évite le plus possible, sans parler des 4 saisons... ! Bon, il faut que je me calme... Le 'spectacle' va commencer. Et m.... voilà le téléphone qui sonne. Pourquoi personne ne regarde-t-il les mêmes programmes que moi ? C'est intolérable et insolent. Bon, je décroche, et d'après la personne, je sais que j'en ai au bas mot pour 1 heure... Je tente des 'Hum hum', des 'ah oui, c'est certain...', quelques silences parsemés ça et là de 'c'est évident...'. Mais rien n'y fait. Basta, je me rends. Je sais que je rate quelque chose de bien, au regard des scènes qui défilent sur l'écran rendu muet... Je ne sais même plus à quel moment j'ai repris la main sur le spectacle... Alors, ce Messie, oratorio ou opéra sacré ? Drame sacré serait plus juste. C'est la question que je me suis posée en visionnant cette œuvre. Peut-on encore, à son sujet, parler d'oratorio, tant j'ai été séduit par la mise en scène de l'œuvre. Car il n'est pas forcément évident de mettre en espace un texte qui est plutôt statique. Contrairement à l'opéra, ce me semble, l'oratorio est intemporel. S'il est fait mention, dans les livrets, de lieux, de temps et d'action, ces indications n'en demeurent pas moins des indications, seulement, histoire de planter 'le décor'... Je rappelle toutefois pourquoi l'oratorio est né. Ou plutôt pour quoi. La subtilité est d'importance. L'oratorio a été créé, vers le milieu de XVI° siècle, pour palier aux représentations d'opéras, interdites par l'Église pendant la semaine sainte. Cela posé, certains des premiers oratorios sont quand même donnés comme des opéras, avec mise en scène et costumes. C'est au milieu du XVII° que l'oratorio se distingue nettement de l'opéra, avec l'apparition d'un narrateur [le 'testo']. Il a une fonction plus méditative dans l'histoire. Cette histoire, justement, a un caractère religieux. L'oratorio en latin se développe, et est joué durant les dimanches de Carême. L'oratorio, anglais plus particulièrement, est une œuvre destinée au concert, lié à aucune liturgie, donc sans conventions scéniques, et par extension, sans convention non-scénique... Et donc, me revoilà devant ma télé. Je ne me suis pas demandé pourquoi il y avait une mise en scène. Même si celle-ci n'est pas évidente au premier abord, elle s'est imposée d'elle-même, semble-t-il, au metteur en scène. Le décor, un immense appartement, divisé en plusieurs pièces communicantes via un couloir, est placé sur un plateau tournant. Ainsi, même si l'action reste statique, elle puise une nouvelle dimension grâce au décor. Les costumes, modernes, certains personnages en jeans, il me semble..., des vêtements blancs, beiges, des couleurs très claires, comme le décor. Mais chaque personnage s'extrait facilement de ce décor, ainsi que le chœur. Celui-ci est quand même assez immobile, contrairement aux solistes, qui s'expriment avec des gestes qui, toutefois, restent réservés. Je passe sur les diverses prestations des solistes, du chœur et de l'ensemble instrumental. Là n'est pas mon propos. Face à ce spectacle, qui m'est apparu ainsi, comme un spectacle, je me suis demandé s'il fallait aller plus loin, et mettre en scène tous les oratorios. Utilité ou futilité ? Car, même si le texte est et reste méditatif, c'est le cas du Messie, le fait de voir des personnages bouger, s'exprimer dans des décors peut faire perdre du sens à l'œuvre. Perte du sens méditatif, puisque l'esprit est occupé par la vision. L'oratorio est souvent qualifié de 'drame sacré'. Il me semble qu'aux XVII° et XVIII° siècle, la notion de sacré n'est pas compatible avec la scène. De même l'opéra n'est pas sacré. J'ai bien précisé aux XVIII° et XVIII° siècles. Car des opéras comme 'Parsifal' ou le 'Saint François d'Assise' sont des opéras sacrés. Alors, pourquoi ne pas tenter l'expérience avec une 'Juditha Triumphans' de Vivaldi [ah, la scène où elle lui tranche la tête...], ou un 'Allegro, il Penseroso ed il Moderato' de Haendel [belles peintures bucoliques rappelant Thomas Gainsborough...]. Ce dernier exemple est éminemment méditatif, mais aussi visuel, monde imaginaire donné par le poète et le musicien... Voilà. L'oratorio succédané de l'opéra, oui, peut-être. Aujourd'hui, temps plus 'modernes', la frontière entre sacré et laïc étant bien définie, les deux genres peuvent facilement se fondre, mais pas se confondre. Un opéra sera incompréhensible sans la scène. Un oratorio y puisera, peut-être, un nouveau sens. L'oratorio pour la musique seule ? L'opéra pour la vision seule ? L'oratorio, dans tous les cas, pour la méditation. Et celle-ci était encore là, la télé éteinte...
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